Où restera-t-il de la neige sur notre domaine en 2035, en 2050, en 2090 ? Où faut-il investir, et où faut-il s'abstenir ?
Source : étude ClimSnow « Impact du changement climatique sur la station des Contamines », Météo-France, INRAE et Dianeige, 14 novembre 2023. Temps de lecture : 20 minutes. Photo : Les Contamines Tourisme.
L'essentiel
La neige de demain, étage par étage
En 2023, Météo-France, l'INRAE et le bureau d'études Dianeige ont simulé l'enneigement de notre domaine jusqu'à la fin du siècle (étude ClimSnow). Ses résultats dépendent d'abord de l'altitude.
Pistes du village et retours village
De 1 200 à 1 400 m
96 jours aujourd'hui, 62 à 69 jours vers 2050
Un hiver ordinaire offre aujourd'hui environ 96 jours skiables en neige naturelle ; vers 2050, ce sera 62 à 69 jours. Les retours village sont très utiles, mais à cette altitude le froid manque de plus en plus pour produire de la neige, et la production consomme beaucoup d'eau.
La piste du village s'ouvrira bientôt à la diversification.
Du front de neige à 1 800 m
De 1 400 à 1 800 m
Neige de culture : déjà très utile
La neige de culture y est déjà très utile.
Le haut du domaine
Au-dessus de 1 800 m
Fiable jusqu'en 2050, quel que soit le scénario
La neige restera suffisante pour skier la plus grande partie de l'hiver jusqu'en 2050, quel que soit le scénario climatique.
La neige de culture y est encore peu présente.
VillageAltitude croissanteSommets
1 sur 5 → 1 sur 2
Sur l'ensemble du domaine, les mauvais hivers, aujourd'hui un sur cinq, seront environ un sur deux vers 2050.
30 ans et plus
Une remontée mécanique dure trente ans ou plus : une décision prise aujourd'hui engage le domaine jusqu'aux années 2060.
Attention
Des résultats à lire comme optimistes
1Le vent, et notamment le foehn
L'étude ne prend pas en compte le vent et, notamment, le foehn, ce vent chaud et sec venant du sud, particulièrement marqué dans notre vallée orientée nord-sud. Or, ses conséquences peuvent être considérables : il déplace la neige et peut surtout faire fondre en quelques heures le manteau neigeux constitué au prix de plusieurs jours de production de neige de culture.
Un épisode de foehn de quelques jours peut ainsi compromettre l'enneigement et mettre en péril les vacances de Noël, comme nous l'avons déjà constaté par le passé. Cette limite de l'étude est donc loin d'être anecdotique.
2L'eau, supposée illimitée
L'étude suppose également que l'eau nécessaire à la production de neige de culture restera disponible sans limite. Or, dans un contexte de changement climatique, cette ressource sera de plus en plus sous tension. Son utilisation devra tenir compte des besoins en eau potable, de l'agriculture, de la préservation des milieux naturels et des enjeux de solidarité entre les territoires de montagne et ceux situés en aval.
La disponibilité de l'eau ne peut donc plus être considérée comme acquise.
→La réalité risque donc d'être moins favorable que les résultats de l'étude.
Avant de lire les chiffres
Les mots pour comprendre
Le débat sur l'avenir du ski se perd souvent dans des mots mal compris. Voici ceux dont on a besoin pour lire l'étude sans se tromper.
Base
Météo et climat
La météo, c'est le temps qu'il fera samedi. Le climat, c'est la moyenne et la variabilité du temps sur 30 ans. Un hiver très enneigé ne contredit pas le réchauffement, pas plus qu'un été pluvieux. C'est pourquoi l'étude raisonne toujours sur des périodes de 15 ou 30 ans.
Institution
Le GIEC
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat ne fait pas de recherche lui-même : il rassemble et évalue l'ensemble des travaux scientifiques publiés. Le résumé de chacun de ses rapports est approuvé ligne à ligne par les États. Ses scénarios servent de base à ClimSnow.
Méthode
Les scénarios RCP
Personne ne sait combien de gaz à effet de serre l'humanité émettra. Les climatologues calculent donc plusieurs futurs possibles, appelés RCP. ClimSnow en utilise trois :
RCP2.6Émissions fortement réduites. Objectif de l'accord de Paris. Désormais peu probable.
RCP4.5Émissions stabilisées puis en baisse. Scénario intermédiaire.
RCP8.5Émissions qui continuent de croître. Scénario élevé.
Ces trois couleurs sont utilisées dans tous les graphiques de cet article.
Cadre légal
La trajectoire de référence (TRACC)
Depuis le décret du 23 janvier 2026, la France demande aux acteurs publics de se préparer à un réchauffement de +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 en métropole (environ +3 °C à l'échelle mondiale). Cette trajectoire se situe entre les scénarios RCP4.5 et RCP8.5. Les décisions de la commune doivent donc être solides dans ces deux scénarios, pas seulement dans le plus favorable.
À retenir
D'ici 2050, le futur est déjà écrit
Jusqu'en 2050, les trois scénarios donnent des résultats proches : le climat des 25 prochaines années dépend surtout des gaz déjà émis. Les scénarios divergent fortement ensuite. Pour un équipement qui dure jusqu'en 2060 ou 2070, c'est cette seconde période qui compte.
Neige
Naturelle damée, ou de culture
La neige naturelle damée est celle qui tombe, compactée par les dameuses. La neige de culture est fabriquée avec de l'eau pulvérisée dans l'air froid par des enneigeurs. Elle ne remplace pas le froid : elle en dépend.
Neige de culture
La température humide
Pour fabriquer de la neige, ce n'est pas la température affichée qui compte, mais la « température humide », qui combine froid et humidité de l'air. Il faut au moins -2 °C de température humide pour produire, et nettement plus froid pour produire en quantité. Par air très sec, la production peut démarrer autour de 0 °C affiché ; par air humide, il faut bien plus froid.
Neige de culture
Les fenêtres de froid
C'est le nombre d'heures, dans la saison, où il fait assez froid pour produire. Avant Noël, ces heures servent à construire la « sous-couche » qui permet d'ouvrir. ClimSnow les calcule au point le plus bas du domaine, là où le froid manque en premier.
Indicateur
Le jour skiable
Un jour compte comme skiable quand il y a au moins l'équivalent de 20 cm de neige damée, quelle que soit son origine. La saison étudiée va de novembre à avril : environ 180 jours au maximum.
Indicateur
Hiver médian, mauvais hiver
L'hiver médian est l'hiver ordinaire : une année sur deux fait mieux, une année sur deux fait moins bien. Le mauvais hiver (noté Q20 dans l'étude) correspond aux 20 % d'hivers les plus pauvres en neige : il revient en moyenne une année sur cinq. C'est l'hiver qui met en difficulté les comptes de la station et des commerces.
Indicateur
L'indice de fiabilité
C'est la part du domaine (de 0 à 100 %) qu'on peut ouvrir pendant les vacances de Noël et de février. Il est pondéré par la capacité des remontées : une grande télécabine en altitude pèse plus qu'un petit téléski au village. Il donne une image globale, souvent plus rassurante que la réalité du bas du domaine.
Économie
La règle des 100 jours
Les économistes du tourisme considèrent depuis longtemps qu'un secteur de ski est durablement exploitable s'il offre au moins 100 jours de neige suffisante par saison, sept hivers sur dix. Ce n'est pas une loi, mais un repère utile. Nous l'utilisons dans les tableaux ci-dessous.
La notion clé de ce dossier
La mal-adaptation
S'adapter au changement climatique, c'est ajuster nos choix au climat actuel et à venir pour en limiter les dégâts. Mais certaines mesures prises au nom de l'adaptation produisent l'effet inverse. Le GIEC leur a donné un nom :
« Mesures susceptibles d'aggraver le risque de conséquences néfastes associées au climat (y compris par une hausse des émissions de gaz à effet de serre), d'accentuer la vulnérabilité face aux changements climatiques ou de dégrader les conditions de vie actuelles ou futures. Ce résultat est rarement intentionnel. »
La dernière phrase est la plus importante : personne ne se mal-adapte exprès. On se mal-adapte en prenant une décision raisonnable avec des informations incomplètes, ou en regardant un horizon trop court. En station de montagne, elle prend des formes très concrètes :
Investir là où la neige s'en vaConstruire une remontée ou étendre un réseau d'enneigement dans un secteur qui aura perdu sa fiabilité avant d'avoir fini d'être remboursé.
Déplacer le problème sur l'eauProduire toujours plus de neige en pompant dans des ressources dont le village a besoin en février, quand la population peut être multipliée par plus de dix.
S'enfermer dans un seul modèlePlus on investit dans un équipement, plus il devient difficile d'en changer. Les économistes parlent de « verrouillage » : la dette d'hier dicte les choix de demain.
Faire payer les suivantsUn équipement non rentable reste à la charge de la commune et des générations futures : dette, démontage, friche.
Rassurer au lieu de préparerCommuniquer sur une neige garantie retarde la diversification que les acteurs économiques auraient pu engager à temps.
L'excès inverse existe aussiAbandonner trop tôt un secteur qui restera skiable 25 ou 30 ans serait aussi une mauvaise décision. S'adapter, ce n'est pas renoncer au ski : c'est le maintenir là où il a un avenir.
ClimSnow sert exactement à cela : indiquer, piste par piste et décennie par décennie, où un investissement lié à la neige restera utile, et où il risque de ne pas l'être. C'est un outil pour éviter de mal s'adapter.
L'outil
ClimSnow
ClimSnow est une méthode développée par Météo-France, l'INRAE (institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) et le bureau d'études Dianeige. Elle représente l'état de l'art pour projeter l'enneigement d'une station de ski.
Son originalité : elle ne se contente pas d'une moyenne pour « les Alpes du Nord ». Elle simule la neige sur la géographie réelle de notre domaine, avec ses pistes, ses remontées, ses enneigeurs et la façon dont les pistes sont damées. L'étude des Contamines a été remise le 14 novembre 2023. Elle répond à quatre questions posées à toutes les vallées de montagne : quel sera le poids de la neige dans notre économie, comment faire évoluer l'offre touristique, quel sera le prix (et l'impact sur l'eau) du maintien des activités de neige, et comment gérer la transition.
1Le climat mondialProjections du climat pour chaque scénario d'émissions, jusqu'en 2100.
2Le zoom sur nos montagnesCes projections sont ramenées à l'échelle du massif, calées sur les observations de Météo-France depuis 1959.
3Le manteau neigeuxLe modèle Crocus-Resort simule la neige jour après jour : chutes, fonte, damage, production de neige de culture.
4Notre domaineLe domaine est découpé par tranches de 300 m d'altitude, 8 orientations et 5 classes de pente, à partir des tracés réels.
5Les indicateursJours skiables, part du domaine ouvrable, fréquence des mauvais hivers, heures de froid, besoin en eau.
Comment la neige de culture est simulée
Le modèle produit de la neige dès que le froid le permet, avec tous les enneigeurs en même temps : du 1er novembre au 15 décembre pour constituer une sous-couche d'environ 15 cm, puis jusqu'au 31 mars chaque fois que l'épaisseur damée passe sous 60 cm. La production s'arrête si le vent dépasse 15 km/h. L'eau est supposée disponible sans limite : c'est une hypothèse favorable, sur laquelle nous reviendrons.
Le point de départ
Le domaine en chiffres
Notre domaine s'étage d'environ 1 200 m au départ des pistes jusqu'à près de 2 500 m. Cette amplitude est notre principal atout : elle nous place parmi les stations les moins exposées des Alpes, sans nous mettre à l'abri.
184,9 hade pistes modélisées par l'étude
55,5 haéquipés en neige de culture, soit 30 % des pistes (chiffre majoré, voir plus bas)
52 000 m³d'eau stockés dans les retenues
129 862 m³d'eau consommés en moyenne par saison pour la neige de culture (2012-2020)
6 368 mde dénivelé cumulé par les remontées mécaniques
Source : étude ClimSnow, caractéristiques de la station. La méthode considère qu'une piste équipée l'est sur toute sa largeur, ce qui surestime la surface réellement enneigée.
Trois secteurs étudiés séparément
Versant des ContaminesLe cœur du domaine, du bas des pistes (1 200 m) jusqu'au point le plus haut modélisé (2 441 m). Altitude moyenne : 1 841 m.
Versant de HauteluceLe côté savoyard du domaine, au-delà du col du Joly, de 1 239 m à 2 026 m. Altitude moyenne : 1 722 m.
Pistes du villageLes pistes d'apprentissage au cœur du village (secteurs de l'Adret et des Loyers), entre 1 200 et 1 238 m.
La réponse courte
Les chiffres par altitude
Une seule variable explique presque tout : l'altitude. Le tableau ci-dessous donne le nombre de jours skiables par saison, sur environ 180, à chaque étage du domaine.
Lisez-le de gauche à droite : chaque colonne avance dans le temps. Les couleurs indiquent si le niveau reste au-dessus du repère des 100 jours.
Étage du domaine
Aujourd'hui hiver médian
Aujourd'hui mauvais hiver
2050 hiver médian RCP4.5
2050 hiver médian RCP8.5
2050 mauvais hiver RCP8.5
2050, mauvais hiver avec neige de culture RCP8.5
2090 hiver médian RCP8.5
100 jours et plus60 à 99 jours20 à 59 joursmoins de 20 jours
« Aujourd'hui » désigne la période de référence 1986-2015. Valeurs en neige naturelle damée, sauf l'avant-dernière colonne (équipement actuel en neige de culture). Source : étude ClimSnow, matrices de durée d'enneigement.
Ce que dit ce tableau
Au sommet (2 441 m), la neige n'est pas le sujet avant la fin du siècle. Même un mauvais hiver de 2050, dans le scénario le plus défavorable, offre encore 127 jours skiables sans un seul enneigeur. En 2090, le scénario élevé garde 131 jours en hiver médian.
À mi-pente (1 700 à 1 850 m), le domaine tient jusqu'en 2050, puis tout dépend du scénario. Les hivers médians restent au-dessus de 100 jours en 2050. En fin de siècle, dans le scénario élevé, ils tombent sous 75 jours sans neige de culture.
En bas (1 200 à 1 250 m), la situation est déjà fragile aujourd'hui. Un hiver ordinaire n'atteint pas les 100 jours de neige naturelle. Vers 2050, un mauvais hiver n'offre plus que 1 à 12 jours dans le scénario élevé. Seule la neige de culture maintient le bas du domaine autour de 100 jours d'ici 2050, même un mauvais hiver.
Toutes les données de l'étude
Explorer les données
Choisissez un secteur, une altitude, un type de neige et un type d'hiver. Le graphique affiche le nombre de jours skiables calculé par ClimSnow, pour chaque horizon et chaque scénario.
Secteur
Étage
Neige
Type d'hiver
Référence 1986-2015RCP2.6RCP4.5RCP8.5Repère des 100 jours
Horizons : 2035 (moyenne 2028-2042), 2050 (2043-2057), 2090 (2083-2097). Neige de culture : équipement actuel (enneigeurs de type perche). Les écarts entre scénarios avant 2050 sont faibles et parfois inversés : c'est l'effet de la variabilité naturelle d'un hiver à l'autre, pas une erreur.
L'indicateur qui compte le plus
Les mauvais hivers
Une station ne meurt pas d'une baisse moyenne de quelques jours. Elle souffre quand les mauvais hivers s'enchaînent. C'est l'indicateur que l'étude juge décisif.
Entre 1986 et 2015, un hiver sur cinq était un « mauvais hiver ». Combien le seront demain, sur l'ensemble du domaine, en neige naturelle damée ?
Lecture arrondie des courbes médianes de l'étude (fréquence de retour des mauvaises saisons, domaine entier, neige naturelle damée). Une case = un hiver sur dix.
Pourquoi l'indice global reste rassurant
L'étude calcule aussi la part du domaine qu'on peut ouvrir pendant les vacances. Jusqu'ici, même un mauvais hiver permettait d'ouvrir environ 90 % du domaine. Vers 2050, l'hiver médian reste autour de 88 à 94 % selon le scénario. Ce chiffre rassurant s'explique : l'indice est pondéré par la capacité des remontées, qui sont nombreuses et puissantes en altitude, et il ne regarde que les semaines de vacances. Il masque le décrochage du bas du domaine, qui est pourtant la porte d'entrée de la station : c'est par là que l'on monte, et par là que l'on rentre au village skis aux pieds.
En fin de siècle, le scénario élevé change d'échelle : l'hiver médian ne permettrait plus d'ouvrir qu'environ 63 % du domaine, et un mauvais hiver autour de 20 %.
Et avec la neige de culture ?
La neige de culture relève le niveau, mais ne change pas la pente. Mesurée par rapport à ce qu'elle permettait jusqu'ici, la fréquence des hivers difficiles suit la même trajectoire : environ quatre à cinq sur dix vers 2050, puis tous les hivers à la fin du siècle dans le scénario élevé.
Piste par piste
Les cartes
Ces cartes, issues de l'étude, colorent chaque portion du domaine selon le nombre de jours skiables. Vert foncé : la neige tient tout l'hiver. Rouge : elle manque.
Elles intègrent l'équipement actuel en neige de culture. En haut à droite, on reconnaît le village et la liaison qui monte vers le domaine. En bas à gauche, le bas du versant de Hauteluce.
Le cœur du domaine reste vert à tous les horizons, y compris en mauvais hiver. Les bandes vert foncé suivent les pistes équipées en neige de culture.
Deux zones virent au rouge en premier : la liaison entre le village et le domaine (le bras nord-est des cartes), déjà orange un mauvais hiver aujourd'hui, et l'extrémité basse du versant de Hauteluce. Entre 2020 et 2050, en mauvais hiver, ces deux zones descendent pour l'essentiel sous 40 jours skiables.
ClimSnow tient aussi compte de l'orientation des pentes : à altitude égale, une pente tournée vers le nord garde mieux sa neige qu'une pente au soleil. C'est ce qui explique les nuances de couleur au sein d'un même étage.
Le diagnostic
Secteur par secteur
Les trois secteurs n'ont ni la même altitude ni le même avenir. Voici leur bilan, en jours skiables par saison (hiver médian, sauf mention contraire).
Versant des Contamines
De 1 200 à 2 441 m
Haut (2 441 m), neige naturelle, 2050
154 à 158 j
Milieu (1 841 m), neige naturelle, 2050
124 à 129 j
Milieu, avec neige de culture, 2050
147 à 154 j
Bas (1 200 m), neige naturelle, 2050
62 à 69 j
Bas, avec neige de culture, 2050
120 à 128 j
Mauvais hivers, vers 2050
4 à 6 sur 10
VerdictLe versant le plus solide. Le haut est fiable au-delà de 2050. Le bas ne tient qu'avec la neige de culture et devient très incertain après 2050.
Versant de Hauteluce
De 1 239 à 2 026 m
Haut (2 026 m), neige naturelle, 2050
130 à 138 j
Milieu (1 722 m), neige naturelle, 2050
111 à 118 j
Milieu, avec neige de culture, 2050
142 à 149 j
Bas (1 239 m), neige naturelle, 2050
58 à 71 j
Bas, avec neige de culture, 2050
121 à 130 j
Mauvais hivers, vers 2050
environ 3 sur 10
VerdictMoins haut, donc plus sensible en fin de siècle : en 2090, scénario élevé, le milieu tombe à 44 jours de neige naturelle. La neige de culture y joue déjà un rôle central.
Pistes du village
De 1 200 à 1 238 m
Aujourd'hui, neige naturelle
96 à 98 j
Aujourd'hui, mauvais hiver
61 à 66 j
2050, neige naturelle
62 à 73 j
2050, mauvais hiver, RCP8.5
4 à 13 j
2050, avec neige de culture
120 à 130 j
2090, neige naturelle, RCP8.5
1 à 4 j
VerdictLe secteur le plus exposé. Les pires hivers s'effondrent dès les années 2040. Il reste utile pour l'apprentissage tant que la neige de culture peut l'alimenter, mais il ne peut pas porter d'investissement lourd et durable consacré au seul ski.
Les fourchettes vont du scénario RCP8.5 au RCP4.5. Fréquence des mauvais hivers : lecture arrondie des courbes de l'étude, neige naturelle damée.
L'amortisseur et ses limites
Neige de culture et eau
La neige de culture est aujourd'hui l'outil principal d'adaptation des stations. ClimSnow montre qu'elle fonctionne, mais qu'elle repose sur deux ressources qui se raréfient : le froid et l'eau.
Le froid recule, surtout avant Noël
Pour ouvrir à Noël, il faut avoir fabriqué une sous-couche en novembre et début décembre. C'est précisément la période où le froid disparaît le plus vite. Au point bas du domaine (1 200 m), le nombre d'heures très froides (température humide sous -6 °C) entre le 1er novembre et le 20 décembre évolue ainsi :
Entre Noël et fin janvier, la période dite de « confortement », le froid résiste mieux jusqu'en 2050 (de l'ordre de 250 heures très froides aujourd'hui, environ 195 vers 2050). En fin de siècle, dans le scénario élevé, il chute à environ 75 heures. Conséquence : le risque principal n'est pas de manquer de neige en février, mais de ne pas pouvoir ouvrir à temps pour Noël.
Le besoin en eau augmente
Plus il fait chaud, plus il faut produire pour compenser. ClimSnow calcule l'eau nécessaire, en supposant qu'elle est disponible sans limite. Comparons ces besoins à ce que nos retenues peuvent stocker :
Avec les équipements actuels, le besoin simulé progresse d'environ un quart d'ici 2050. Avec les extensions envisagées en 2023, il atteindrait environ 250 000 m³ par an, près de cinq fois la capacité des retenues. Le reste doit être prélevé dans les cours d'eau ou les réseaux au moment de la production, c'est-à-dire en hiver, quand les débits sont au plus bas et que la population du village est la plus nombreuse (jusqu'à environ 15 900 lits touristiques pour 1 200 habitants permanents).
Piège de lecture
Dans certaines courbes de l'étude, la consommation d'eau baisse en fin de siècle. Ce n'est pas une bonne nouvelle : cela signifie qu'il ne fait plus assez froid pour produire, pas qu'on aurait moins besoin de neige.
Ce que l'étude a testé
Les projets évalués
En 2023, ClimSnow a comparé le domaine actuel au domaine équipé des projets alors recensés. C'est l'exercice le plus utile de l'étude : il mesure ce qu'un investissement apporte vraiment.
Les projets testés étaient les suivants :
Pistes : modification de la piste verte de Ruelle et création d'une zone ludique ;
Remontées : modification de la télécabine de la Gorge, des téléskis de la Foyère et de Ruelle ;
Neige de culture : extension du réseau sur environ 21 ha (zone ludique, pistes Boulevard, Bretelle, Buche, Croix, Col et Ruelle).
Certains sont depuis engagés, comme la nouvelle télécabine de la Gorge.
Aujourd'hui. Zones couvertes par la neige de culture (en bleu foncé).
Avec les projets. Le réseau s'étend sur environ 21 ha supplémentaires.
Le résultat
À fiabilité presque égale, le besoin en eau augmente d'environ 30 %. Sur l'ensemble du domaine, l'indice de fiabilité avec neige de culture reste quasiment identique, avec ou sans projets, vers 2050. Le gain est plus net sur le versant de Hauteluce en fin de siècle (de l'ordre de 6 points dans le scénario élevé). En revanche, le besoin en eau simulé passe d'environ 190 000 à 250 000 m³ par an vers 2050.
Il faut être juste : les projets ajoutent aussi des surfaces skiables (zone ludique, pistes remaniées), ce qu'un pourcentage ne montre pas. Mais l'enseignement est net : étendre la neige de culture rend surtout le domaine plus dépendant de l'eau, sans changer sa trajectoire climatique. C'est exactement le type d'arbitrage que la notion de mal-adaptation invite à examiner avant d'engager la dépense.
Passer à l'action
Investir au bon endroit
Une remontée mécanique dure souvent 30 ans et plus. Une décision prise en 2026 nous engage donc jusqu'aux années 2060, c'est-à-dire dans la période où les scénarios divergent le plus. Voici comment les résultats de ClimSnow se traduisent en orientations.
Au-dessus de 1 800 mLe haut du domaine
Pertinent
Renouveler et moderniser les remontées existantes.
Concentrer ici l'offre ski de demain.
Neige de culture ciblée sur les pistes de retour et les liaisons indispensables.
Point de vigilance
Ce haut domaine n'a de valeur que si l'on peut y monter et en redescendre : sa fiabilité dépend de celle des accès depuis le bas.
De 1 400 à 1 800 mDu front de neige à la mi-pente
Pertinent
Maintenir l'existant jusqu'en 2050 avec la neige de culture.
Dimensionner la production sur l'eau réellement disponible en hiver.
Choisir des durées d'amortissement compatibles avec l'horizon 2050.
Prudence
Nouveaux équipements lourds dont la durée de vie dépasse 2060 : leur avenir dépend du scénario, et la trajectoire officielle invite à les vérifier aussi dans le scénario élevé.
De 1 200 à 1 400 mPistes du village et retours village
Pertinent
Des équipements utiles toute l'année : une liaison par câble qui sert aussi de transport, l'été comme l'hiver.
Des aménagements légers et démontables pour l'apprentissage.
Des activités qui ne dépendent pas de la neige.
Risque de mal-adaptation
Étendre la neige de culture ou créer une remontée dédiée au seul ski, amortie au-delà de 2050.
Promettre une neige « garantie » au village.
Six questions à poser avant chaque investissement
Cette grille vaut pour la commune, pour l'exploitant du domaine, et pour tout acteur privé qui investit en lien avec la neige.
Sera-t-il encore utile quand il sera payé ?Comparer la durée d'amortissement à l'horizon de fiabilité de l'emplacement. Un équipement amorti en 2045 au bas du domaine n'a pas le même risque qu'un équipement amorti en 2065.
À quelle altitude, et quelle exposition ?Au-dessus de 1 800 m, la neige reste fiable au moins jusqu'en 2050, et jusqu'à la fin du siècle au sommet. Autour de 1 200 m, elle ne l'est déjà plus sans neige de culture.
Fonctionne-t-il un mauvais hiver ?Raisonner sur l'hiver médian ne suffit plus : vers 2050, un hiver sur deux environ sera un mauvais hiver.
D'où vient l'eau, en février ?Chiffrer le besoin d'eau, sa source, et le conflit possible avec l'eau potable au pic de fréquentation.
Sert-il aussi sans neige ?Un équipement utile aux habitants et aux visiteurs toute l'année réduit le risque. Un équipement qui ne sert qu'à skier en concentre tout le poids.
Nous laisse-t-il le choix demain ?Préférer ce qui est réversible, démontable ou transformable à ce qui enferme le domaine dans un modèle unique pour 40 ans.
Et pour les acteurs économiques du village ?
ClimSnow ne traite que les pistes. Mais ses conclusions concernent tous ceux dont l'activité dépend de l'hiver : commerces, hébergeurs, écoles de ski, loueurs. Deux enseignements les concernent directement. D'abord, la variabilité augmente : il faudra savoir traverser des hivers médiocres plus fréquents, ce qui plaide pour des activités et des revenus moins concentrés sur quelques semaines de neige. Ensuite, le centre de gravité du ski se déplace vers le haut : ce qui se joue au village, c'est la qualité de l'accès au domaine et l'attractivité du séjour au-delà du seul ski.
Lire l'étude avec rigueur
Les angles morts
Un modèle n'est pas une prophétie. L'étude elle-même signale ses limites, et elles comptent pour décider.
L'eau est supposée illimitée.Le besoin en eau est calculé sans tenir compte de la ressource réellement disponible. Les résultats avec neige de culture sont donc un maximum théorique.
La neige de culture est surestimée en surface.Une piste équipée est comptée comme enneigée sur toute sa largeur, et tous les enneigeurs fonctionnent en même temps.
Le vent et le foehn ne sont pas modélisés.Le transport de neige par le vent, les épisodes de foehn capables de faire fondre en quelques heures plusieurs jours de production, et les effets climatiques très locaux ne sont pas pris en compte.
L'économie n'est pas dans le modèle.Coût de production, prix de l'énergie, fréquentation, concurrence entre stations : l'étude précise elle-même qu'il faut croiser ses résultats avec des analyses économiques et environnementales.
Le village n'est pas étudié en dehors des pistes.Routes, accès, été, risques naturels, ressource en eau du bassin : ClimSnow ne regarde que le domaine skiable.
L'indice de fiabilité ne regarde que les vacances.Il pondère Noël (15 %) et février (85 %). Les débuts et fins de saison, de plus en plus fragiles, pèsent peu.
Ces limites jouent presque toutes dans le même sens : la réalité risque d'être moins favorable que les résultats de l'étude, puisque l'eau, le vent, le foehn et le coût ne viendront pas aider.
La suite
Et maintenant ?
Les données sont là. Il reste à décider, ensemble, de ce que nous en faisons.
Plusieurs décisions structurantes arrivent dans les prochaines années : le renouvellement du contrat de délégation des remontées mécaniques, qui arrive à échéance en 2029, les investissements en neige de culture et en remontées, les aménagements du village et de ses accès au domaine. Chacune engagera la commune pour plusieurs décennies. Chacune devra être examinée à la lumière de ClimSnow.
Nous ne sommes pas seuls à le dire. En février 2024, la Cour des comptes a recommandé que chaque station se dote d'un véritable plan d'adaptation, que les financements publics en dépendent, et que l'impact de la neige de culture sur l'eau, souvent sous-estimé, soit mieux pris en compte dans les autorisations de prélèvement.
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En novembre 2026, une grande consultation en ligne sera ouverte sur l'avenir du domaine skiable pour les trente prochaines années. Elle sera suivie d'un atelier participatif début décembre. Cet article a été écrit pour que chacun puisse y participer en connaissant les faits.
Ce que vous nous demandez
Vos questions
Va-t-on encore skier aux Contamines en 2050 ?
Oui. C'est même l'un des enseignements les plus clairs de l'étude : le haut du domaine reste fiable jusqu'en 2050 dans tous les scénarios, et le sommet bien au-delà. La vraie question n'est pas « si » mais « où » et « dans quelles conditions » : les mauvais hivers seront plus fréquents, et le bas du domaine dépendra de plus en plus de la neige de culture.
Les derniers hivers bien enneigés ne contredisent-ils pas ces projections ?
Non. Les projections décrivent des moyennes et des fréquences sur 15 ou 30 ans. Elles prévoient aussi de bons hivers : dans les graphiques, la fourchette haute reste élevée. Ce qui change, c'est la proportion de mauvais hivers, qui passe d'un sur cinq à environ un sur deux vers 2050.
Pourquoi ne pas équiper tout le domaine en neige de culture ?
Pour trois raisons. Il faut du froid, et les heures de froid diminuent, surtout avant Noël et à basse altitude. Il faut de l'eau, et le besoin dépasse déjà largement la capacité des retenues. Enfin, l'étude montre que l'extension du réseau améliore peu la fiabilité globale du domaine tout en augmentant d'environ 30 % le besoin en eau.
Quel scénario faut-il croire ?
Aucun scénario n'est une prévision : ce sont des futurs possibles qui dépendent des émissions mondiales. Depuis janvier 2026, l'État demande aux collectivités de se préparer à +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 en France métropolitaine, une trajectoire située entre RCP4.5 et RCP8.5. Une décision prudente doit donc tenir dans ces deux scénarios. Le scénario RCP2.6, qui suppose une baisse très rapide des émissions mondiales, ne peut pas servir de base de décision.
L'étude dit-elle qu'il faut arrêter le ski ?
Non. Elle dit où le ski a un avenir et à quelles conditions. Elle invite à concentrer les investissements liés à la neige là où ils resteront utiles, et à rendre le reste du domaine utile aussi sans neige. Abandonner prématurément un domaine qui restera skiable des décennies serait, lui aussi, une erreur.
Pourquoi l'indice de fiabilité reste-t-il élevé alors que le bas souffre ?
Parce qu'il est pondéré par la capacité des remontées mécaniques, plus nombreuses et plus puissantes en altitude, et qu'il ne regarde que les vacances de Noël et de février. Il décrit bien la capacité à ouvrir l'essentiel du domaine, mais il cache la fragilité du bas, qui est pourtant l'accès au domaine depuis le village.
Et l'été, et le reste de l'année ?
ClimSnow ne traite que l'enneigement des pistes. L'évolution de l'été, de la ressource en eau du bassin ou des risques naturels relève d'autres études. C'est précisément pour cela que ses résultats doivent être croisés avec d'autres analyses avant toute décision.
Pour aller plus loin
Glossaire
Adaptation
Démarche d'ajustement au climat actuel ou attendu et à ses conséquences, pour en atténuer les effets préjudiciables (définition du GIEC).
Mal-adaptation
Mesure qui, voulant s'adapter, aggrave le risque climatique, accentue la vulnérabilité ou dégrade les conditions de vie actuelles ou futures.
RCP
Scénario d'évolution des émissions de gaz à effet de serre utilisé par le GIEC (2.6 : faible ; 4.5 : intermédiaire ; 8.5 : élevé).
TRACC
Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation : +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 en France métropolitaine. Inscrite dans le code de l'environnement en janvier 2026.
Jour skiable
Jour avec au moins l'équivalent de 20 cm de neige damée.
Hiver médian (Q50)
Hiver ordinaire : une année sur deux fait mieux, une année sur deux fait moins bien.
Mauvais hiver (Q20)
Niveau d'enneigement sous lequel tombent les 20 % d'hivers les plus pauvres en neige de la période 1986-2015 : en moyenne un hiver sur cinq.
Indice de fiabilité
Part du domaine ouvrable pendant les vacances de Noël et de février, pondérée par la capacité des remontées.
Température humide
Température qui combine froid et humidité de l'air ; c'est elle qui détermine si l'on peut produire de la neige.
Fenêtre de froid
Nombre d'heures pendant lesquelles il fait assez froid pour produire de la neige de culture.
Sous-couche
Première couche de neige de culture produite avant l'ouverture, indispensable pour ouvrir à Noël.
Retenue collinaire
Réservoir d'altitude qui stocke l'eau destinée à la neige de culture.
Verrouillage
Situation où les investissements passés rendent coûteux, voire impossible, un changement de modèle.
Sources
Météo-France, INRAE, Dianeige, Étude d'impact du changement climatique sur la station des Contamines (ClimSnow), 14 novembre 2023, 64 pages. Document de la commune.
Cour des comptes, Les stations de montagne face au changement climatique, février 2024 ; synthèse : Maire-info.
Méthode de cet article : les jours skiables sont repris tels quels des matrices de l'étude. Les fréquences de mauvais hivers, les heures de froid, les besoins en eau et les indices de fiabilité sont des lectures arrondies des graphiques de l'étude ; ils indiquent des ordres de grandeur.